L'habillage végétal des troncs d'arbres

La lecture des textes des siècles passés est toujours une mine d'informations et nous permet de trouver l'inspiration pour imaginer et créer en adaptant les concepts à la société actuelle.

Avez-vous déjà entendu parler de l'habillage végétal des troncs d'arbres ?

Nous avons sans doute souvenir, les uns et les autres, de cerclages métalliques destinés à protéger les arbres, notamment en milieu urbain. Mais il s'agit ici d'autre chose, d'un habillage végétal esthétique qui respecte la croissance de l'arbre et c'est Vincent-Alfred Gressent (1818-1893), professeur d'arboriculture et d'horticulture, qui nous transmet tous les détails de cette technique à partir de 1877 (il a publié plusieurs éditions révisées par la suite).

Habillage des troncs d'arbres : arbre nu et arbre habillé

Voici quelques extraits de son ouvrage intitulé Parcs et Jardins : traité complet de la création des parcs et jardins, de la culture et de l'entretien, dont la première version date de 1877. Bien sûr, la mentalité a évolué, certaines affirmations peuvent paraître inappropriées, voire choquantes aujourd'hui, mais l'idée même de tronc habillé est intéressante...


"Un arbre isolé est assurément le plus bel ornement d'une pelouse; mais son tronc dénudé présente un aspect tellement désagréable que souvent on serait tenté de renoncer aux arbres isolés pour s'épargner la vue du tronc.

Ce que j'avance est tellement vrai que beaucoup de propriétaires ayant du goût ont fait planter des lierres au pied de leurs arbres, pour en cacher le tronc. Ils savent pertinemment que le lierre planté au pied des arbres et s'enracinant dans leur écorce abrège sensiblement leur existence; mais ils préfèrent la perte de quelques arbres à la vue trop prosaïque du tronc.

Rien de plus facile que de conserver indéfiniment les arbres isolés et de faire en même temps de leur tronc un des plus jolis ornements des parcs et des jardins; il n'y a pour cela qu'à les habiller.

Je veux habiller les troncs d'arbres de la manière la plus élégante, mais aussi la plus hygiénique, afin de conserver le plus bel ornement des pelouses le plus longtemps possible. Commençons donc par le vêtement indispensable : la chemise, afin d'assurer à nos arbres santé et longue existence; ensuite nous couvrirons ce premier vêtement de riches feuillages et de fleurs luxuriantes.

Le contact de l'air est indispensable au tronc de l'arbre, pour décomposer et désagréger ses vieilles écorces. Il ne faut donc que laisser de l'air entre le tronc de l'arbre et les branches de la plante avec laquelle on veut le cacher, pour obtenir à la fois la santé de l'arbre et la décoration de son tronc. La chemise d'habillage remplit ce but."

La chemise d'habillage

Vincent-Alfred Gressent donne ensuite moult détails sur la façon de concevoir cette "chemise d'habillage", avec plans et mesures, donc il semble tout à fait possible de la reproduire. Voici les principaux schémas de création de cette chemise d'habillage autour du tronc.

Habillage des troncs d'arbre : rondelle de chemise d'habillage Habillage des troncs d'arbres : attaches des rondelles

Habillage des troncs d'arbres : pose des rondelles en fils de fer Habillage des troncs d'arbres : chemise d'habillage

"Les plantes volubiles ne monteront pas sur le treillage, après lequel elles ne peuvent s'enrouler. Non seulement votre but sera manqué, mais encore votre jardin ressemblera à une cité de volières. Des fils de fer droits, rien autre chose, pour les chemises d'habillage.

N'importe qui, jardinier ou tout autre, s'il sait se servir de ses mains, peut confectionner des chemises d'habillage en grande quantité et à un compte de revient insignifiant.

J'ai voulu atteindre ce but, parce que je sais d'avance le succès de l'arbre habillé; on commencera par un ou deux et l'on finira par tous quand on en aura vu l'effet.

Les arbustes grimpants peuvent être employés comme les fleurs pour l'habillage des arbres. Pour les arbustes, on fait un trou avec ménagement entre les grosses racines; on mélange du terreau ou du fumier très consommé à la terre et l'on plante. Pour les fleurs grimpantes, on laboure autour du tronc de l'arbre une largeur de 40 centimètres de terre environ que l'on recharge de 20 cm de bonne terre mélangée de terreau. Il ne faut jamais craindre d'ajouter un peu de terre au pied d'un grand arbre, ni d'y faire un trou entre les grosses racines. L'arbre ne se nourrit pas par le corps des grosses racines, mais par l'extrémité des petites, des spongioles, qu sont à plus d'un mètre du pied de l'arbre. Évitez de couper des grosses racines; c'est la seule précaution à prendre.

Les arbustes grimpants employés pour habiller le tronc des arbres

  • Arauja (aujourd'hui Araujia sericifera) à fleurs blanches, feuilles vertes (persistantes).
  • Bignonie (aujourd'hui bignone, Campsis radicans), feuilles vertes (caduques), fleurs orangées, du plus bel effet.
  • Les clématites à grandes fleurs surtout, feuilles vertes (caduques), fleurs blanches, bleues, roses ou lilas, suivant les variétés.
  • Atragène de Sibérie (aujourd'hui Clematis alpina subsp. sibirica) grimpant, feuillage vert, fleurs blanc pur.
  • Les chèvrefeuilles à feuilles persistantes, donnant à la fois la verdure continuelle, les fleurs et le parfum.
  • Les passiflores, feuillage persistant et fleurs abondantes.
  • Les rosiers grimpants à feuilles persistantes et à fleurs jaunes, roses et blanches.

Les plantes grimpantes utilisées pour habiller le tronc des arbres

  • Les volubilis, produisant le plus joli effet et fleurissant une partie de la journée à l'ombre.
  • L'ipomée écarlate, dont la fleur est insignifiante, mais sa feuille abondante forme de très belles colonnes.
  • Les boussingaultias (aujourd'hui Anredera cordifolia, liane de Madère), feuillage vert des plus riches, végétation rapide, fleurs insignifiantes, mais odorantes.
  • Les capucines de Lobb, produisant un très joli effet dans le lointain.

Clématites Mme Méline et Mme Boselli, G. Severeyns, 1885, La Maison Rustique, Hortalia© Passiflore de Belot, L. Constans, 1847, La Maison Rustique, Hortalia©

Rosier sarmenteux cramoisi de Turner, G. Severeyns, L. Descamp-Sabouret, 1894, La Maison Rustique, Hortalia© Capucine de Lobb à feuilles panachées Wilhelmine, J.L. Goffart, J.R. Guillot, 1909, La Maison Rustique, Hortalia©

On choisira, bien entendu, les feuilles persistantes ou caduques pour les arbustes, comme la couleur des fleurs suivant la distance à laquelle les arbres seront placés, et la même règle sera aussi observée pour toutes les plantes employées pour l'habillage des arbres.

L'habillage des arbres lorsqu'il est bien exécuté apporte la gaieté dans tous les jardins et la vie dans les parcs les plus monotones."


Alors, qu'en pensez-vous ? Idée à reproduire ?