L'anémone hépatique, fleur du premier printemps - 1922

L'anémone hépatique est bien la plus jolie fleur de printemps que nous connaissons. Elle est vivace, de pleine terre et ne demande que quelques soins vulgaires pour orner nos jardins encore si tristes en février-mars, époque de sa floraison.

Elle vient après la Nivéole et l'Hellébore à fleurs roses, avant la Primevère et en même temps que sa soeur la Violette, qu'elle dépasse en beauté par la variété et la richesse de ses coloris, mais dont elle n'a pas le parfum. La nature l'a créée belle, mais sans odeur. Dame Nature, pourtant riche, ne prodigue pas ses dons.

Il y a les hépatiques simples et doubles, bleues, roses, blanches. Les doubles - surtout la blanche - sont plus délicates que les simples; c'est sans doute pourquoi elles sont plus rares. La bleue double est très recherchée des amateurs.

Variétés d'hépatiques, Stroobant P., La Revue Horticole, 1879, Hortalia©
Planche coloriée réalisée à l'exposition printanière (Floralies) de Gand, en 1878, d'après les plantes exposées par M. J. Vander Swaelmen, horticulteur à Gand (Belgique).
Ces variétés étaient au nombre de 35.

L'Hépatique a les racines fibreuses ou chevelues comme le Fraisier. Cela indique le mode de culture qui lui convient. Il lui faut une terre franche, tant soit peu sableuse, fraîche, mais non humide. Elle aime l'exposition Nord et Est; elle fond, comme disent les jardiniers, quand on la cultive au Midi au grand soleil.

On la multiplie par éclats ou divisions des touffes, avant ou après la floraison, qui commence aussitôt après les fortes gelées et dure jusqu'en avril. Il ne faut diviser que les grosses touffes, les petits éclats périssent presque toujours.

On peut en faire de jolies bordures, elle est aussi très employée dans les endroits rocailleux et mi-ombragés. C'est une plante des bois montagneux, et elle figure peu dans nos jardins alpins.

Sa feuille, en trois lobes, d'un vert brillant qui ne vient qu'après sa fleur, est poilu dans son jeune âge, elle rougit un peu en vieillissant. Elle forme de jolies touffes naines comme la Violette après la floraison.

Cette charmante petite plante passe la rigoureuse saison en pleine terre sans précautions extraordinaires; elle ne demande qu'à ne pas être dérangée en temps inopportun, - il fut un temps où elle se forçait aisément, et ainsi cultivée elle servait à la décoration des salons. Les pieds destinés à cet usage doivent être mis en pots à l'automne, et placés sous châssis ou dans une serre à température peu élevée.

Elle remplit sans exigence sa douce mission, qui est de nous donner des jolies fleurs et de nous annoncer la fin de l'hiver et le retour du printemps. On ne la cultive guère, sans doute parce qu'elle est ancienne, mais elle est de celles qui ne vieillissent pas. Les vieux jardiniers la cultivent encore et les vrais amateurs du beau y reviendront.

J. P. Marque, Le Petit Jardin, 25 janvier 1922, Bibliothèque numérique Hortalia©